SARABANDE
Comme Jon Lord l’a écrit dans les notes d‘explication de cet album de fusion de classique-rock, enregistré au moment où
Deep Purple était sur le point d’exploser, le thème sous-entendu dans la musique de Sarabande est celui d'une suite baroque de danse, une forme de musique qui a été menée à son niveau le plus élevé par Jean-Sébastien Bach.
Le titre de chaque morceau de l’album est le nom d'une des danse utilisée dans ces suites de danse, et Jon a essayé d'employer le même tempo qu'une sarabande, une gigue originales, etc.. Le travail complètement instrumental comprend quelques passages d’orchestre symphonique et quelques bons gros morceaux de rock, mais aussi des passages où les deux formes fusionnent dans une certaine mesure. Parmi la section rock, les claviers de Lord sont soutenus par le batteur Pete York du groupe de Spencer Davis et Andy Sommers (qu’on retrouvera dans le groupe Police) à la guitare. Le compositeur et chef d'orchestre allemand Eberhard Schoener conduit l'orchestre du Philharmonica Hungarica.
L’album débute avec le titre
Fantasia, par un tonnerre de cuivres et de percussions, qui cède rapidement la place à une musique calme menée par les bois (clarinette) puis par l’orchestre. Crescendo de l’orchestre, roulements de tambour, musique martelée jusqu’à des staccatos de violons qui débouchent sur une fin tonitruante. Sans transition, le second morceau :
Sarabande, commence, lui, tout en douceur, par le tempo de la sarabande. La musique est festive, les percussions entraînantes et l’orchestre accompagne le piano ou l’orgue qui mènent (c’est le cas de le dire) la danse. La musique coule, laissant de belles plages de fusion à la guitare et aux claviers, ainsi qu’aux percussions.
Le troisième morceau :
Aria, débute encore plus calmement. Piano, orchestre, tout est en retenue. Le morceau est très peu rock, et là la partie classique prend le dessus. Un peu comme une plage de repos.
Arrive ensuite
Gigue, mon morceau préféré. Qui débute avec l’orchestre jouant un air d’influence orientale. Le piano annonce le thème, puis, amenées par la batterie, les cordes s’affirment. Très rythmé, ce titre réussit, avec force (rythme et volume) une belle fusions classico/rock. Un beau duo batterie / percussion débouche sur un magnifique solo d’Andy Sommers (un régal) puis sur ceux de Jon (piano puis orgue) et par un effet crescendo, tout le Rock Band exprime sa force (aaargh, cette Hamon!!!). L’orchestre y fait écho avec force (cuivres, puis cordes) et l’ensemble, toujours avec des airs orientaux, nous entraîne dans cette danse sautillante…. Puis tout ralentit pour céder la place (à la huitième minute) à une nouvelle dualité Batterie / Percussions des plus réjouissantes* qui débouche sur une explosion orchestrale.
Bourée, le morceau suivant commence de manière rythmique, par les percussions, suivies par le piano puis l’orchestre et le band dans ce tempo martelé à trois temps, scandés tout au long du morceau. Sonorités orientales encore, cordes pincées, staccatos, accompagnés par d’autres violons et la guitare qui jouent lancinant. C’est un morceau très accrocheur, de par cette opposition : sautillements et rythme très affiché / orchestration lancinante en fond. C’est tout de même le tempo qui l’emporte et on comprend là les intentions de Jon. Personnellement, grâce à des titres comme Bourée et Gigue, je ne peux que féliciter le Maestro d’avoir exploré ces voies. La guitare prend le relais avec assurance (c’est démentiel) et le rythme s’accélère, avant de retomber, laissant, avec un tempo calme et lent, le piano faire une transition vers l’orchestre qui reprend le thème, lancinant, qui fait penser à une danse du ventre ou à un charmeur de serpents. Montée en puissance au son des congas, de l’orchestre jusqu’à un aboutissement là aussi explosif !
Arrive le morceau
Pavane. C’est l’orchestre, avec ses cordes, qui ouvre le morceau. Très calme, apaisant, même, durant plus d’une minute. Puis Andy joue sur sa guitare acoustique un air aux accents ibériques. Les percussions, derrière, roulent comme une marée sur les galets. Le piano suit, et ce duo, calmement, nous entraîne vers une ambiance piano-bar, cool, très doux, appuyé par l’orchestre. Sur ce morceau, c’est à nouveau l’orchestre qui l’emporte. Mais si le Rock est absent, c’est plutôt vers certaines compositions de musique d’ambiance (grands orchestres, tels ceux de jazz) que nous sommes portés. Le solo de Jon au piano me donne des frissons. C’est Andy Sommers qui amène le ban final, tranquillement, accompagné sur la dernière partie par le piano puis l’orchestre.
Caprice s’ouvre ensuite de manière stimulante par un tempo rapide, une danse très entraînante. Là les deux parties (le band et l’orchestre) font chorus pour un belle démonstration de Rock / fusion (on se rapproche là du concerto) et l’orgue Hammond explose. Les dernières notes sont amusantes !!
Le
Finale est original, car il reprend chacun des thèmes des sept morceaux précédents, pour finir en apothéose sur une belle fusion de tous les instruments.
La critique de cet album est ardue (si j’avais su !!!! Ça va être pareil pour pratiquement tous les albums du Maestro !!!). Il faut avoir son immense culture musicale pour être vraiment en phase. Dans cet opus, il faut rechercher à part Bach des influences tels Dave Brubeck, Debussy, Monteverdi, et des références (dans les parties orientalisées) à T.E. Lawrence. Le résultat m’a bluffé dès le départ, et plus je l’écoute, et plus il me plaît.
Il est à noter que l’enregistrement, fait à Oer-Erckenschwick, près de Düsseldorf, Allemagne entre le 3 et le 6 septembre 1975, est de très bonne facture. Ca exploooose !!!!
*Le duo batterie / percussion du morceau Gigue a été mené à un niveau d’excellence visible dans le DVD Beyond the Notes
Participants :
Simon Robinson: Design, Research
Stuart Wicks: Personal Assistant
Pete York: Drums, Gong, Shaker, Sleigh Bells
Kosh: Original Sleeve Design
Fin Costello: Photography
Hans Menzel: Assistant Engineer
Andy Sommers: Guitar
Michael Bryan: Illustrations
Mike Philips: Technical Advisor
Vince Budd: Liner Notes, Sleeve Notes
Mark Nauseef: Percussion, Bongos, Drums, Cymbals, Conga, Maracas, Flexatones, Crotale, Wood Block, Sleigh Bells, Gourd, Guiro, Claves, Timbales, Tambourine
Jon Lord: Organ, Synthesizer, Keyboards, Clavinet, Producer, Arp Odyssey, Piano (Grand), Arp Pro Soloist, Synthesizer Strings, Score, Main Performer, Piano, Organ (Hammond)
Martin Birch: Producer, Remixing, Engineer
Tony Edwards: Management
Paul Karas: Bass
Eberhard Schoener: Conductor
Andy Summers : Guitar
And the Philarmonia Hungarica