Pictured within (1998)
1. The valley
- Sunrise (Lord) 5’47
- Pictured within (Lord) 5’23
- From the windmill (Lord) 6’55
2. Blue sky dreams
- Circles of stone (Lord) 2’56
- Menorca blue (Lord)
- Evening song (Lord/Sam Brown)
3. Of heroes and heroines
- Music for Miriam (Lord)
- Arc-en-ciel (Lord)
- Wait a while (Lord/Sam Brown)
4. Beneath a higher heaven
- Crystal spa (Lord)
- The mountain-sunset (Lord)
- A different sky (Lord)
Entre le dernier album solo de Jon Lord (Before I forget) et celui-ci, il se sera passé 16 ans. Durant cette période, hors les disques réalisés avec Deep purple et Whitesnake, Jon aura tout de même écrit la musique d’un film (The Country Diary of an Edwardian Lady) en 1984, et enregistré deux lives avec Paice Ashton & Lord. Il est apparu dans les dicographies d‘Eddie hardin, George harrisson et Alvin Lee entre autres. Est-ce à dire que vu le temps mis par Jon à le peaufiner, ce nouvel album solo est un chef d'œuvre? Le fan (que je suis) sera de cet avis, et déclamera invariablement que ça valait vraiment le coup d’attendre. Très différent de ses albums précédents, cet opus se distingue surtout par une ambiance calme, feutrée. Il est difficile de reconnaître là l’héritage purplien, tout comme il sera laborieux de rattacher à cet album une similitude (créative, technique ou artistique) avec ses albums solos passés.
Les diverses critiques (et les propos de Jon LORD lui-même) parlent d’album personnel, intérieur (le titre, Pictured Within, pourrait se traduire par : Description intérieure). Jon a perdu ses deux parents au cours des années précédent l’écriture et l’enregistrement de cet album, et cela se ressent dans le résultat. Mélancolique, triste, empreint de quiétude, cet album est homogène, en ce qui concerne l’ambiance. Il est une autre différence d’avec ses albums précédents, c’est que celui-ci est principalement instrumental. Seuls "Pictured Within" (et sa partie introductive "Sunrise"), "Evening Song", "Wait a While" et (version chœurs) "Crystal spa" comportent des chants….
Le titre de l’album serait une expression tirée des "Variations Enigma" d’ELGAR (lesquelles sont des variations sur un thème, décrivant des amis et proches d’ELGAR)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Variations_Enigma (notons que cette oeuvre a été écrite un siècle avant le présent album…).
Pictured Within comporte quatre parties, de longueurs variables, contenant chacune trois morceaux.
Les trois premiers morceaux regroupés sous le titre
The Valley (la vallée) comprennent "Sunrise", "Pictured within" et "From the windmill", qui donnent d’emblée le ton de l’album. Il commence par le titre "Sunrise", au cours duquel, curieusement, on entend sous forme de litanie, les mots du titre du morceau suivant, chanté par des chœurs. L’ouverture est lente, passant doucement du silence à la mélodie. Lentement, calmement, presque imperceptiblement pendant près d’une minute, avant que les violons, enfin, portent l’air, rapidement suivis par la voix de Miller Anderson et les cœurs, le tout accompagné d’un piano joué "touche après touche", très lentement. Le premier morceau continuera ainsi, sans remous, jusqu’à ce qu’à la 4ème minute où là, le rythme confirme les intentions de l’air, qui n’a plus comme ambition que d’annoncer " Pictured within". Cette chanson place alors l'humeur qui prévaudra pour tout l’album. Le titre est une belle ballade avec piano et violoncelle, auxquels s’ajoute la voix de Miller Anderson. Sensuel, calme, volumineux, cet air, intime et personnel, sonne comme une confidence. Le piano de Jon est présent tôt, puis les cordes et les cors ramènent à Miller Anderson, dont la voix, si particulière, parachève la beauté de ce titre, qui finit par un duo assez triste, piano - violons…. "From the windmill" (depuis le moulin a vent), comporte une omniprésence de violons, de flûte traversière, et le superbe jeu très subtil de percussions de Mario Agandoña. Presque une musique d’ambiance, presque du new-âge… Il y a dans ce titre une belle mélodie, très mélancolique, très douce, mais avec de très originaux changements de rythme. L’image d’une roue qui tourne, calmement, puis de manière un peu plus rapide, dans un cadre bucolique, le bruissement du vent dans les pales… On sentirait presque le vent passer dans nos cheveux.
Les trois morceaux suivants chapitrés
Blue Sky Dreams nous entraînent vers des horizons magiques. "Circles of stone" (cercles de pierres) fait dans l’ésotérisme, et emprunte aux sons folkloriques des airs et accords celtiques. Violons et flûtes, encore, lancinants et envoûtants.
"Menorca Blue" (bleu Minorque) qui suit reste dans le même rythme, mais les notes martelées du piano dès le début du morceau impriment un léger changement. Les plages mélancoliques, appuyées encore par la flûte, sont toujours là, en fond, mais le piano ajoute de la vivacité, du phrasé.
Dans " Evening Song" le piano continue sur sa lancée, et accompagne là l’exquise voix de Sam Brown….. Le soir évoqué ici semble tomber en douceur, paré de sensualité mais aussi de tristesse. Un solo de violon, au milieu de cette chanson, transmute celle-ci en sentimentalité. Et alors que le titre semble finir, Sam Brown reprend, de sa douce et rauque voix, pour nous faire flotter encore sur les rives de cette fin de jour, doucement, tendrement, vers la note finale….
Nous passons ensuite au groupe de trois morceaux suivants
Of Heroes and heroines. Le premier titre "Music for Myriam" ne comporte que des violons, qui jouent une longue et triste complainte. Le morceau "Arc-En-Ciel" (tiens, un titre français) à l’inverse, oublie les cordes. Là, on entend une belle ballade avec piano et hautbois. C’est le piano qui ouvre, par des notes doucement scandées, beaucoup de pauses entre les notes, ces vides rapidement emplis par le French horn…. Le troisième titre, débute à nouveau par le piano, suivi du chant. Sam Brown, et, en fond léger, diffus, les violons habillent ce morceau des teintes légères et aériennes. Jon a écrit ce morceau en mémoire à sa mère disparue. Le titre évoque d’ailleurs ce moment si particulier du départ…. Wait a while,, attends un instant, before You go, avant de partir……. Très émouvant (et pour cause), ce titre sera repris par Jon, fréquemment, lors de ses concerts solos.
Pour finir, le dernier groupe de morceaux s’intitule
Beneath a higher heaven.Le premier titre est "Crystal spa" et l’air qui est ainsi nommé inspire bien une source, au flot tranquille et régulier… Le titre commence avec les cordes, suivis des chœurs qui chantent "Kirie Eleison" puis "Christe Eleison"…. L’ambiance là est plutôt funèbre. Titre long, profond, envoûtant. Sans doute celui que je préfère, de tout l’album… Assurément celui qui m’émeut le plus…. Dans son analyse du morceau, Vincent BUDD (cité plus loin) trouve au jeu de Jon des similitudes avec le jeu de Richard WRIGHT (dans The Great Gig in the Sky)....
"The mountain-sunset" commence avec les cors, puis les violons, suivis du piano et du hautbois, et enfin les flûtes. Air triste, encore, lancinant, mais avec de belles envolées "wagnérienne" (les cors)…..
"A different sky" reste dans le registre plaintif, avec en premier un duo cor anglais - piano, que rejoignent bientôt les cordes, pour garder la mélodie, calme jusqu’à la troisième minute, et qui, là, s’amplifie (on pense à un lever de soleil, ou à des nuages qui se déchirent, laissant apparaître le bleu), et on revient au calme mais de manière moins plaintive, avec comme des notes d’espoir, des promesses…. L’avant-dernière phase est plus grave avec l’arrivée des cors, mais un roulement de batterie et percussions, qui précède quelques furtives notes de piano, placent le finale avec comme une touche d’infini, de continuité. Etrange sensation que ces notes de fin, qui semblent annoncer une suite……
Au bilan final, pas de Hammond sur cet album ! Pas de hurlements, que ce soit de chanteurs ou de guitares, pas de batterie percutante non plus : ce n'est pas un album de rock, encore moins de hard-rock…. C'est un album rempli d’émotion. C'est un album personnel et quelque peu triste. Déroutant, sans doute, pour bien des fans (ceux du Purple surtout) du Maestro, mais si évident pour tous ceux qui, derrière la bête de scène, derrière l’homme qui torture son orgue (et que je te le secoue, et que j’en distorde les sons), ont aussi trouvé l’homme sensible, émouvant, qui, associant une belle culture musicale à de belles inventions, à un vrai feeling, à de la malice ou, comme ici, à des confidences. Evidence qui ne se démentira pas, avec la venue du "Durham Concerto" et de "Boom of the tingling strings" dans lequel Jon poussera son art et son amour de la musique classique à leur paroxysme…
Pictured Within tient une part primordiale dans ma discothèque…. Chef d’œuvre !!!!! C’est une aventure musicale à savourer, comme le dit Vincent Budd dans son livre The Gemini Man, publié en 2003 par "Gnosis Press"…..
Les participants :
Mario Agandoña (prc); Miller Anderson (vcl); Sam Brown (vcl); Colin Hodgkinson (bss); Rick Keller (sxp); Haagen Kuhr (cll); Christina Lux-York (vcl); Serge Maillard (vcl); Stefan Pintev (vln); Ravi (kra); Rodrigo Reichel (vln); Mike Routlegde (vla); Stefan Scheuss (vcl); Vytas Sondeckis (cll); Ina Stock (obo); Frank Struck (frh); Sabine Van Baaren (vcl); Thys Van Leer (flt); Pete York (prc).

Un album indispensable
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Rien n'est bon ou mauvais en soi, c'est l'idée que l'on s'en fait qui détermine du tout (William Shakespeare)