WINDOWS
"Windows" est le quatrième album de fusion/rock de Jon Lord. Il a été enregistré au cours du mois de juin 1974. Jon avait été invité à l’occasion d’un festival et a été sollicité pour exécuter un concert spécial à MUNICH (Prix Jeunesse international 1974). Il a ainsi composé, avec le concours d’
Eberhard Schoener (chef d’orchestre et compositeur allemand), un morceau à cette occasion. En fait, l’œuvre a été écrite en deux parties.
La première, intitulée
"Continuo on BACH" a mis Jon et Eberhard au défi de finir une célèbre composition de Jean-Sébastien Bach, que celui-ci avait laissé inachevé : "L'Art de la fugue" (en allemand : die Kunst der Fuge), classée numéro BWV 1080.
La seconde,
"Windows" se compose de trois mouvements, dont une section retouchée de son "Gemini Suite" :
- 1st Movement - Renga (Schoener) 12:01
- 2nd Movement - Gemini (Lord) 7:41
- 3rd Movement - Alla Marcia Allegro (Lord) 12:40
Le premier morceau, écrit par Schoener, porte le nom de Renga. Un renga est une forme poétique née au XVème siècle au Japon. Il s’agit d’un poème produit collectivement par plusieurs auteurs. Chaque poète devait ajouter alternativement des versets de 17 syllabes (5-7-5) et de 14 syllabes (7-7). Le renga se caractérise par une impressionnante liste de contraintes littéraires et seuls de grands lettrés pouvaient s’adonner à ces joutes. L’idée de départ de
"Windows" est partie de cette idée de chaîne. Ainsi, les textes du premier et du troisième mouvement sont tirés d’un renga contemporain.
Tous ces morceaux avaient déjà été interprétés l’année précédente, à l’occasion d’une exposition, mais c’est en 1974 qu’ils ont été enregistré pour la première fois, avec l’Orchestre de chambre de l’Opéra de Munich, et cinq "solistes " : des membres de
Deep Purple (
David Coverdale aux chants,
Glenn Hughes à la basse) et diverses stars du rock (
Ray Fenwick à la guitare,
Peter York à la batterie,
Tony Ashton aux chants et claviers) ainsi que
Erminia Santi et
Sigune Von Osten (sopranos),
Gunter Salber (violon) et
Gottfried Reinher (violoncelle). Sur quelques séquences,
Eberhard Schoener tripote un synthé….. Lors de l’exécution de ce concert à Munich,
Klaus Lowitsch a lu certains textes. Cette partie lecture a été coupée pour la réalisation du disque (elle est incluse dans la version vidéo enregistrée et diffusée par la chaîne allemande "Bayerischen Rundfunks").
"Windows" est une œuvre exigeante, dure à l’écoute, et les textures musicales changeantes alliées à la qualité de l’exécution ont tantôt enchanté et tantôt intrigué les auditeurs depuis près de 35 ans….
Le CD commence avec "Continuo on Bach", qui est donc une tentative de finir cette œuvre inachevée du grand compositeur allemand (il aurait dicté les dernières notes de l’œuvre sur son lit de mort : "http://fr.wikipedia.org/wiki/Art_de_la_fugue"). L'œuvre initiale est souvent considérée comme un exercice intellectuel sur le contrepoint, que Bach ne destinait pas à être joué... La manière dont Jon et Eberhard amènent la chose est une variation sur le thème, mais surtout une nouvelle expression de ce qui tient tant au cœur de Jon : une joute amicale entre un orchestre classique et un rock band, avec ses moments d’alternance, puis de fusion. Ils donnent aussi l’occasion à certains des musiciens du band de s’exprimer dans de jolis solos. Jon à la hammond, bien sûr (souvent appuyée par les vents de l’orchestre), mais surtout Tony Ashton à la batterie.
Quant à l’ensemble, pour ce premier morceau, il est par moments emphatique, par moments crispant, amenant ainsi ces fameuses tessitures changeantes…..
Puis arrive le titre "
Windows", et là ça continue vraiment fort. Le premier morceau, qui a donc été écrit autour d'un renga moderne, est suivi par l'inclusion de larges plages du mouvement intitulé "vocal" de Gemini Suite et en final, le morceau intitulé Alla Marcia Allegro ...
Pour ce morceau (Windows) ainsi d'ailleurs que pour chacun des trois mouvements qui le compose on pourrait difficilement parler d'homogénéïté. Il y a bien des moments dans l'exécution ou une harmonie se dégage (le finale par exemple), mais ce sont là autant de moments de répit entre des parties totalement discordantes. Les moments fluides succèdent à des staccatos (du violonniste soliste), les sons électriques (orgue, guitare, basse) sont interrompus par les cuivres de l'orchestre, les chants de Coverdale (belle voix) se frottent à ceux de Tony Ashton (voix rocailleuse s'il en est), les solos ou parties fusions sont brutalement stoppées par les voix stridentes (parlerons-nous de cris ?) des deux sopranos..... Nous avons même droit à du bidouillage de synthé.....
La composition est volontairement destructurée, tout en étant linéaire. Il s'agit à l'évidence d'un magnifique exercice d'écriture. A l'écoute, ce titre a pu heurter les rock fans, de par les parties orchestrales, et dérouter les amateurs de musique classique avec les moments d'envolée rock.....
Quoi qu'il en soit, cette ligne a été le but recherché. Et atteint. Entouré des amis du moment, soutenu et aidé par le chef d'orchestre avec lequel il commettra le splendide "Sarabande", Jon enfonce le clou qu'il avait planté avec le concerto pour orchestre et groupe.
Difficile (en tout cas pour moi) donc de faire une critique complète, structurée, exhaustive. Je m'en défendrai d'ailleurs, et vous livre ici ce texte, destructuré, passant de moments de belle précision à des parties très floues, faisant alterner un récit documenté avec du texte approximatif.... C'est je pense le meilleur hommage que je peux rendre à mon claviériste rock favori.......
Chapeau bas, Mister Lord, pour cette oeuvre improbable, pour cet aboutissement chimérique. Merci.
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Rien n'est bon ou mauvais en soi, c'est l'idée que l'on s'en fait qui détermine du tout (William Shakespeare)