Le coffret que Genesis vient de publier contient huit CDs et trois DVDs. On y retrouve l'album "Genesis Live" de 1973, le double "Seconds out" de 1977, "Three sides live" de 1982, et "The way we walk" de 1992. Un CD bonus propose le concert "Live at the Rainbow 73", qui constitue un dernier coup d'œil à la première époque du groupe. Cinq des sept titres de ce spectacle étaient déjà parus dans le coffret "Genesis Archive 1965 – 1975". Deux sont des inédits complets : "The cinema show" et "The battle of Epping forest".
Le coffret a laissé un espace libre pour qu'on puisse y ranger le double "Live over Europe" qui était paru en 2007. Ainsi complété, "GENESIS 1973 – 2007 LIVE" propose donc l'intégralité des enregistrements publics que le groupe a publiés tout au long de sa carrière.
L’aventure de Genesis débute au début des années 60 par la rencontre de Peter Gabriel et de Tony Banks. Tous deux sont élèves à la Charterhouse School de Londres. Ecoutons Tony Banks.
"Peter et moi, nous nous sommes rencontrés à l’école en 1963 et nous sommes devenus de très bons amis. Nous entretenions une passion commune pour la musique soul américaine, pour les Beatles et tous les autres groupes anglais de l’époque. Et à l’époque nous avions un ami commun, Anthony Phillips, qui deviendra le premier guitariste de Genesis. Et Mike était aussi un ami d’Anthony. Mais lui, je ne l’ai rencontré qu’après avoir terminé ma scolarité. Et c’est là que nous avons décidé de devenir musiciens professionnels."
Peter Gabriel et Tony Banks sont alors les leaders d'un groupe jazzy baptisé The Garden Wall. A l'époque, leur guitariste, Anthony Phillips, fait également partie d'un autre groupe plus rock qui s'appelle Anon, au sein duquel on remarque le bassiste Mike Rutherford. Genesis naît de la réunion de ces quatre musiciens. Le nouveau groupe enregistre un premier single avec le batteur Chris Stewart. Intitulé “The silent sun” et produit par Jonathan King, il paraît en février 68 sur le label Decca.
On retrouve le titre "The silent sun" sur l'album “FROM GENESIS TO REVELATION”, qui paraît en mars 69. Ce disque n’a pas de style bien défini car Genesis - dont tous les membres sont encore étudiants -, n’est pour l'instant qu’un groupe de studio sous la coupe d’un producteur qui leur impose son point de vue.
Genesis signent alors avec le label progressif Charisma pour lequel ils produisent “TRESPASS” en octobre 1970. Devenu professionnel à plein temps, le groupe est maintenant arrivé à maturité, mais il n’a pas encore acquis la stabilité. En tout cas, il n'a pas encore trouvé son batteur. Après Chris Stewart et John Silver, c'est John Mayhew qui est alors le batteur de Genesis.
Fin 1970, le guitariste Anthony Phillips et le batteur John Mayhew s’en vont. C’est grâce aux petites annonces du Melody Maker que l’on recrute d’abord Phil Collins, l’ancien batteur de Flaming Youth. Phil Collins nous raconte son arrivée dans le groupe.
"J'avais repéré cette annonce entourée d'un cadre noir. Elle émanait du manager Tony Stratton-Smith que je connaissais bien, et comme j'étais au chômage, j'ai pensé qu'il pourrait peut-être m'aider. On s'est retrouvé au Marquee Club où il avait son quartier général et il m'a dit : 'O.K., je te donne le job, mais honnêtement, je te préviens que ces types sont de dangereux maniaques.' Moi, je voyais constamment le nom de Genesis dans le Melody Maker. Ils donnaient beaucoup de concerts, ils travaillaient sans arrêt et c'est ce que je voulais. Je me suis donc rendu à l'audition avec mon bon copain Ronnie Caryl. On a joué tous les deux et j'ai eu le job. Pas lui. Ronnie fait désormais partie de mon groupe et on peut l'entendre sur le dernier album, mais je ne sais toujours pas s'il m'a pardonné. La vie est parfois étrange, n'est-ce-pas ?"
Après Phil Collins, Genesis embauche le guitariste Steve Hackett. Tous deux font leurs débuts sur “NURSERY CRYME”, en novembre 1971. C'est le premier grand album de Genesis, réalisé par la formation classique du groupe avec Tony Banks, Phil Collins, Steve Hackett, Peter Gabriel et Mike Rutherford.
Pourtant, le succès commercial n’est pas encore au rendez-vous, sauf en Italie, un pays qui, à l’époque, s’intéresse de près à la musique dite “progressive”. Il faut attendre “FOXTROT”, en octobre 1972, pour que Genesis connaisse enfin la consécration européenne. La longue suite de vingt-six minutes de “Supper’s ready”, ainsi que “Watcher of the skies”, sont les points forts de cet album.
La musique de Genesis est de plus en plus sophistiquée. Sur scène, pour traduire pleinement son côté théâtral, les musiciens portent des masques et des costumes. On s’aperçoit vite que Peter Gabriel a pris une place très importante dans le groupe. Son charisme amène la critique et le public à se focaliser sur son talent personnel et à laisser un peu de côté les autres membres de Genesis. Ceux-ci n’y voient pourtant aucune injustice et n’éprouvent aucune jalousie. Les années passeront et Tony Banks gardera toujours la même opinion à ce sujet.
"Je suis très heureux d’être en retrait. C’est ma personnalité. Et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons tant poussé Peter Gabriel vers l’avant de la scène. Même chose pour Phil Collins. Mike et moi, nous nous sentons mieux dans l’ombre. Notre vrai métier, c’est compositeurs, et en d’autres temps, nous n’aurions certainement jamais fait partie d’un groupe."
Genesis est désormais entraîné par la spirale de la réussite et le groupe enchaîne les répétitions, les enregistrements et les tournées. Après “GENESIS LIVE” en juillet 73, “SELLING ENGLAND BY THE POUND” paraît en octobre de la même année. Il se classe N°3 en Grande-Bretagne et apporte au groupe un premier succès : ”I know what I like (in your wardrobe)”.
La sortie de “Selling England by the pound” coïncide avec une tournée anglaise où Genesis présente un nouveau spectacle encore plus riche, avec plus d’effets de lumière, plus de costumes et de masques, des projections de diapos et des séquences d’acrobatie. Le groupe insiste sur l’aspect théâtral de ses concerts, ce qui renforce encore la position déjà dominante de Peter Gabriel.
L'année 1974 confirme l’irrésistible ascension de Genesis sur le continent européen. C’est à Guilford, près de Londres, que les cinq musiciens se retirent pour préparer leur œuvre la plus ambitieuse. Le double “THE LAMB LIES DOWN ON BROADWAY” paraît en novembre 74. Sur des textes signés uniquement par Peter Gabriel, c’est un concept-album qui leur a été inspiré par leur dernier voyage aux Etats-Unis. La tournée qui suit est un spectacle total où tout est réglé par une véritable mise en scène. En l’espace de cinq ans, Genesis est devenu l’un des grands noms du rock mondial.
En août 1975, Peter Gabriel annonce qu'il quitte Genesis pour se lancer dans une carrière solo. Pour la presse et le public, cette nouvelle fait l’effet d’une bombe, mais elle ne surprend pas les autres musiciens qui avaient été prévenus par Peter dès l'année précédente. Tony Banks :
"C’était vraiment inévitable. Il n’était plus heureux parmi nous et il ne voulait plus faire les compromis nécessaires à la vie de groupe. Nous n’avons donc pas été surpris. J’ai bien essayé de lui parler, de le retenir au nom de l’amitié très forte qui nous liait, mais il avait besoin d’aller de l’avant et il en avait l’opportunité parce qu’il était déjà une vedette au sein du groupe."
Peter Gabriel revient sur son départ, qui avait été mûrement réfléchi, mais qui avait été précipité pour des raisons d'ordre personnel.
"Il y a beaucoup de choses, mais la première, c'est la naissance de ma première fille, Anna, où nous avons eu beaucoup de problèmes. On a même pensé quelque temps qu'elle ne survivrait pas. J'étais tout le temps à l'hôpital et les autres dans le groupe ne comprenaient pas bien. Maintenant, ils ont des enfants, ils comprennent tout. C'était au moment où on enregistrait 'The lamb lies down on Broadway'. Et puis, dans le processus de création, je n'avais pas beaucoup d'espace pour essayer des choses, pour apprendre des choses. Je n'étais pas content de rester dans le music business, parce que je me sentais alors comme un peu esclave, pas libre. J'ai choisi de partir, de laisser tomber le music business. C'est après deux ans que j'ai commencé à réaliser que la musique est très importante, et je me suis mis à écrire, et lentement, je suis retourné au monde de la musique."
Genesis se prépare donc à sa reconversion et c’est Phil Collins, qui assurait jusque-là brillamment les chœurs, qui finit par accepter de remplacer l’irremplaçable Peter Gabriel. Il nous explique comment les choses se sont passées.
"Nous avons cherché désespérément un nouveau chanteur. On en a auditionné pas mal mais aucun qui puisse s’intégrer à la famille Genesis et finalement, on est entrés en studio pour enregistrer 'A trick of the tail' sans chanteur. L’album avançait, j’ai assuré les vocaux d’une chanson, puis d’une autre, et à la fin, Genesis s’était trouvé un chanteur : moi. Mais c’est venu très graduellement. Je n’ai jamais dit : "Je veux être le chanteur'. J’ai juste dit : 'Si personne ne veut le faire, je le ferai'. Franchement, ça ne me disait rien d’être chanteur. Je voulais rester batteur."
L’album “A TRICK OF THE TAIL”, qui sort en mars 76, est une très bonne surprise. Phil Collins, dont la voix rappelle étrangement celle de Peter Gabriel, est parfait dans ce nouveau rôle qui semblait fait pour lui.
Le 28 mars 1976, Genesis entame une tournée américaine avec le batteur Bill Bruford, ce qui permet à Phil Collins de se consacrer uniquement au chant. Non content d’assurer sa partie, il se révèle en plus un excellent showman qui sait captiver les foules. Pour la tournée anglaise qui suit, l’expérience est reconduite et c’est Chester Thompson qui tient la batterie.
En décembre 76, “WIND AND WUTHERING” confirme l’excellente qualité de ce Genesis nouvelle formule. C’est le dernier album studio auquel participe le guitariste Steve Hackett : lui aussi s’en va pour créer sa propre musique. En guise de dernier témoignage d’une période maintenant révolue, le groupe publie “SECONDS OUT”, en octobre 1977. C'est un double album “live” qui a été enregistré lors de deux concerts au Pavillon de Paris.
Après le départ de Steve Hackett, Genesis n'est plus qu'un trio composé de Tony Banks, Phil Collins et Mike Rutherford. Paradoxalement, plus le groupe se réduit, plus son succès augmente. Leur premier album enregistré à trois et justement nommé ”AND THEN THERE WERE THREE”, paraît en avril 1978. Il atteint la troisième place des hit-parades en Angleterre ainsi qu’une honorable quatorzième place aux Etats-Unis. Le titre vedette s'appelle “Follow you, follow me”.
Sur scène, Genesis est renforcé par le batteur Chester Thompson et le guitariste Daryl Stuermer. Le groupe apparaît alors moins sophistiqué, il est plus proche du rock et propose une musique sans tape à l’œil.
En novembre 79, Tony Banks produit un premier album solo, “A CURIOUS FEELING”. Mike Rutherford fait de même trois mois plus tard avec “SMALL CREEPS DAY”, un disque où l'on retrouve Anthony Phillips, le premier guitariste de Genesis. Mais ce n’est qu’une brève parenthèse, car le groupe a déjà repris la route. En mars 1980, ils entament une nouvelle tournée mondiale pour appuyer la sortie de “DUKE”, un disque qu’ils ont enregistré en Suède, dans les studios du groupe Abba. “Duke” permet à Genesis d’être pour la première fois de sa longue carrière N°1 des albums en Angleterre. Quant au titre “Turn it on again”, il se classe N°8.
Depuis 1977, Genesis est un trio composé de Tony Banks, Phil Collins et Michael Rutherford. Ils ont déjà réalisé deux albums sous cette forme : "And then there were three" et "Duke". Parallèlement, Tony Banks et Mike Rutherford ont publié chacun un premier album solo. En janvier 81, Phil Collins fait de même avec "FACE VALUE", une réussite exceptionnelle, un album qui s'impose un peu partout dans le monde.
Après ce succès phénoménal et inattendu, les trois musiciens se retrouvent pour “ABACAB”, un album qui voit le jour en septembre 1981. Enregistré avec les cuivres de Earth, Wind & Fire, “Abacab” a été entièrement produit par Genesis. Pour la première fois, ils font leur apparition dans le Top 10 américain des singles avec le titre générique de l’album.
Deux raisons peuvent expliquer la réussite américaine d’”Abacab” : l'énorme succès de Phil Collins en solo, mais aussi les nombreux concerts que Genesis a donnés aux Etats-Unis. C’est au cours de la tournée de promotion d’”Abacab” qu'est enregistré le double “THREE SIDES LIVE” qui sort en juin 1982.
Puis de nouveau, chacun y va de son album solo. Mike Rutherford publie “ACTING VERY STRANGE”. Puis, c’est Phil Collins qui revient avec “HELLO, I MUST BE GOING”; où l'on trouve son premier N°1 anglais, la reprise de “You can’t hurry love” des Supremes. Quant à Tony Banks, il propose simultanément deux albums : “THE FUGITIVE” et “THE WICKED LADY”.
Pour les retrouver tous les trois associés, il faut attendre octobre 83 et l’album simplement intitulé “GENESIS”. Il est N°1 en Angleterre, alors que le single “Mama” se classe N°4.
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